Bernard
Ramana Maharshi
Pour Celui qui n'est plus identifié à aucun concept et qui Est le SOI, la diversité créée par la dualité n'apparaît plus. Le monde, de même que les individus, sont moi-même et ne peuvent "être preçus" que comme étant le SOI. Mais peut-on comprendre cela ?
Le
SOI est simplement la vie dans sa totalité, cette vie est permanente,
toujours présente, mais le chercheur n'est pas toujours Présent
à Lui-même, il est souvent, très souvent, distrait, il regarde
souvent ailleurs, il se disperse, s'égare dans des voies secondaires,
dans des pensées, des principes, des concepts, des croyances, des pratiques
etc. Tout cela fait obstruction au rayonnement permanent et tout naturel de
cette Base qu'est le Soi. Et cela donne l'impression, lorsqu'un déclic
se produit, qu'il est extérieur à nous... Il n'en est rien, ce
déclic est un petit aperçu du Soi et il s'est "produit"
parce qu'à ce moment précis, nous étions en harmonie totale
avec cette fameuse Base, le Soi.
Plus nous serons présents à Nous-même, plus ces déclics
auront le loisir, la possibilité, de nous envahir, de nous façonner,
de nous transformer et, pour utiliser les expressions de notre petite Soeur
Elisabeth, de nous ensevelir en Lui (le Soi).
La recherche, le cheminement, la quête de Ce Bonheur que tu pressens est
indispensable jusqu'au moment où c'est ta nature véritable, qui,
grâce à ta démarche et tout ce qu'elle contient (essentiellement
cette formidable Envie toute Amoureuse d'être éternellement heureuse)
s’imposera d'elle-même parce qu'enfin tu y adhéreras totalement
et sans aucune retenue.
Aussi loin qu'il s'en souvienne, Bernard n'a jamais pu se satisfaire de l'éphémère.
Catholique fervent par son éducation, ayant une grande dévotion
pour la Sainte Vierge, édifié par Élisabeth de la Trinité,
épris d'absolu, ce sont finalement son amour pour Ramana Maharshi et
le discours tranchant de Nisargadatta Maharaj qui l'ont amené à
réaliser bien plus qu'il n'osait espérer.
Question : Mais que pratiquer, en définitive, si nous
sommes déjà ce que nous cherchons ?
Bernard : C'est ce que l'on entend sans cesse… En fait, il n'y a absolument rien à faire pour être, mais puisque, pour le moment, le chercheur est persuadé - plus ou moins - d'être cet individu, cette vie particulière : il y a bien une recherche, une démarche, une quête, un besoin, une envie... d'en sortir, d'en savoir plus... Pour mon expérience, la seule pratique est simplement la vie de tous les jours, vécue intensément dans la conscience de l'instant présent avec de moins en moins d'interprétation du processus mental sur l'événementiel, et avec un désir passionnel, tout amoureux, avec une ferveur totale... disons, d'atteindre ce bonheur. Je ne conseille rien, je vous offre mon témoignage tel qu'il est et c'est vous qui sentirez ce qui est le mieux pour vous.
Question : On parle souvent de purification de l’esprit ou de la psyché comme une étape essentielle avant l’acquisition de la connaissance du SOI. De quoi l’esprit doit-il être purifié ? En quoi cette étape est-elle nécessaire au cours de la quête du SOI ? Quel est le moyen d’effectuer cette purification ?
Bernard
: Tout d’abord, précisons encore une fois qu’il n’y
a aucune connaissance à acquérir pour être le SOI, puisque
nous Le sommes déjà. Connaître le SOI, c’est tout
simplement Être le SOI. Comme nous sommes le SOI, mais que nous ne le
savons pas réellement, c’est ce que nous prenons pour le SOI, c’est-à-dire
l’EGO, qu’il faut éliminer !
Quant à purifier l’esprit, c’est-à-dire l’âme
ou ego, cela fait partie des diverses techniques utilisées par les religions
ou mouvements spirituels ou encore écoles de Yoga. Cette purification
n’a aucun sens pour celui qui suit le chemin de JNANA (voie de la connaissance).
Mais précisons tout de même que procéder à une éventuelle
purification suppose que nous sommes, au départ, impurs... Comprenons
très clairement et une fois pour toutes que nous ne sommes jamais, à
aucun moment impurs ! L’idée même d’impureté
provient certainement, comme une foule d’autres conceptions, des multiples
procédés de culpabilisation inventés par les religions...
“Je” n’est pas le corps, comment pourrais-je un instant être
pur ou impur ? Même le corps lui-même ne peut pas être pur
ou impur, il est simplement provisoire et de ce fait soumis à des changements,
à un début et donc une fin, c’est tout. D’autre part,
vous rappelez-vous avoir un jour sollicité un corps ? Est-ce vous
qui avez demandé à venir dans ce corps qui pour le moment est
votre forme physique ? Il n’existe absolument rien d’impur ni en
l’homme ni en aucune autre forme en ce monde. Tout ce qui existe, arrive
simplement. Les choses sont simplement ce qu’elles sont : c’est
après l’apparition de ces choses, formes, etc. que nous leur mettons
des étiquettes : ceci est bien, cela est mal ; cette chose est pure,
celle-ci est impure ; cet homme est blanc, celui-ci est noir, etc. Tout cela
n’est que simple conception ! Qui suis-je moi, lorsque, dormant profondément
le soir, ces idées, pensées, conceptions, convictions, certitudes,
croyances, disparaissent ? Et si elles existent réellement, pourquoi
ne sont-elles pas présentes dans le sommeil profond ?
Comme beaucoup d’autres mots, celui de purification doit être effacé
de votre vocabulaire.
Au lieu de vouloir purifier l’ego, il est préférable de
réaliser qu’il n’existe que parce que le SOI le permet. Découvrons
qui se cache derrière l’ego et le chemin sera accompli !
Question : Comment un être ayant réalisé sa véritable nature, ne faisant qu’un avec l’Absolu, étant en dehors du temps et de l’espace, peut-il s’intéresser au monde manifesté et à ce qui s’y passe ? Comment peut-il même encore percevoir le monde manifesté ?
Bernard
: Comprenons bien ceci : une personne ne peut pas être libérée,
mais au contraire, l’être Réalisé est libéré
de la personne. La différence est essentielle et il faut absolument s’imprégner
de cette vérité.
Cette question concerne l’individu, l’ensemble corps-mental, c’est-à-dire
la forme que “les autres” perçoivent. En réalité
cela ne se passe pas comme on le croit. Il serait sage de répondre à
ce genre de question en disant : “Réalisez d’abord et
vous verrez ensuite !”
On ne peut pas tout dire, tout expliquer, lorsqu’il s’agit d’un
état qui n’en est pas un puisqu’il se situe dans la non-dualité
et que nous parlons à partir de la dualité, ce qui est inévitable.
Le problème est toujours le même : les gens voient un homme
“réalisé”, ils pensent qu’il est “réalisé”,
mais ils continuent à voir un homme, un corps. Si l’on ne voit
qu’un homme, on ne trouvera pas un grand changement dans sa vie habituelle.
Selon les êtres, ils continueront de paraître physiquement comme
avant, mais ceci ne concerne que les apparences. En réalité, il
en est tout autrement. L’être libre est libéré une
fois pour toute de son individualité, il est libéré de
la personne de façon définitive et disons qu’il regarde
le film de la vie de cet individu qu’il a cru être comme si c’était
un rêve, sans plus. Lorsque vous sortez de l’état de rêve,
vous pouvez songer aux rêves que vous avez vécus durant cet état,
mais vous n’y songerez pas très longtemps, sachant très
bien que ce n’était qu’un rêve. L’être
qui a réalisé sa véritable Nature, de la même façon,
sortant de cet état que l’on appelle “veille”, constate
que ce n’était en fait qu’un autre rêve et “assiste”
à la suite du film sans en être perturbé. L’écran
n’est pas affecté par les images qui s’y reflètent.
L’être réalisé ne dit pas qu’il perçoit
le monde manifesté, parce que pour lui, il n’existe rien en dehors
du SOI. Le SOI est la totalité du manifesté et du non-manifesté
et pour l’être libéré, il n’y a aucune différence,
mais un tout unique. Mais les mots n’exprimeront jamais ce qui n’est
pas exprimable.
Question : Existe-t-il plusieurs niveaux de conscience ? Si oui, le rêve et le monde manifesté sont-ils issus du même niveau de conscience ?
Bernard : Oui, on peut dire qu’il existe plusieurs niveaux d’inconscience. Considérant que seul le Soi est la véritable conscience, il faut admettre qu’il y a des personnes plus ou moins inconscientes de leur nature réelle.
Question : Vous m’avez souvent conseillé de ne pas vouloir tout comprendre à tout prix, mais il faut bien acquérir des connaissances pour répondre à la question ultime : Qui suis-je ?
Bernard
: Dans ce merveilleux chemin de la recherche spirituelle, la compréhension
n’a pas un rôle essentiel. Cependant il y a quelques observations
tout à fait indispensables dont celle-ci :
Chaque matin, la conscience d’être apparaît grâce au
processus du réveil. On peut l’expliquer ainsi :
1/ JE (la prise de conscience du fait que j’existe).
2/ DANS LE CORPS (instantanément le processus mental associe le fait
d’être à la forme particulière dans laquelle il se
trouve).
3/ DANS LE MONDE (l’existence particulière ne peut apparaître
que dans un espace-temps, donc dans un lieu à un moment donné...).
Le fait de s’identifier à cet ensemble « corps-mental »
est un processus naturel et il n’y a pas lieu de vouloir changer la nature
parce que ce n’est pas une erreur.
Par contre, notre propre expérience d’être une personne,
c’est-à-dire une forme particulière, n’est pas permanente
et c’est cela qui est essentiel.
La conscience que l’on a de soi-même apparaît et disparaît
et cela tout le monde en fait l’expérience chaque jour...
Et c’est là que se pose la question primordiale pour celui qui
cherche le pourquoi de la vie, de sa vie, et qui désire ardemment répondre
à la question : « Qui suis-je ? »
Ainsi, pour constater l’apparition et la disparition de quoi que ce soit,
il faut bien que quelqu’un soit présent ! Alors, posons-nous la
question : Qui constate ?
Je ne peux pas être à la fois celui qui constate et ce qui est
constaté. Je ne peux pas être à la fois sujet et objet.
Ce que l’on appelle « recherche spirituelle » consiste simplement
à observer le fonctionnement naturel de l’apparition et de la disparition
de cette conscience d’être et de réaliser que l’impermanence
de cette conscience et du mental qui en découle ne peut être perçu
que par la base d’où elle s’élance chaque matin et
où elle retourne chaque soir.
Tout le monde comprend que les vagues ne pourraient exister sans l’océan...
Parce que, c’est évident... De la même manière, en
observant attentivement et intensément le fonctionnement de la conscience
et de tout ce qui en dépend, il deviendra tout à fait évident
que la vie particulière ne peut apparaître sans la Vie... tout
court...
La vie représente l’océan et les vies particulières
ne sont que ses vagues.
Du sommeil profond, durant lequel je n’ai pas conscience d’être,
surgit l’état de veille entraînant avec lui la conscience
d’être et le processus mental qui identifie le fait d’être
à l’ensemble corps-mental. Si le processus mental s’arrête
consciemment, il n’y a plus d’interprétation possible.
Le but de la recherche est tout d’abord de prendre conscience de cela
et ensuite de tout faire - avec une passion excessive et sans faille - pour
fusionner, pour fondre en Cela : fusion du spectateur dans le spectacle, fusion
de l’amour particulier dans l’Amour total, fusion de ce qui apparaît
dans ce qui Est...
Question : J’ai rencontré beaucoup d’éveillés ces derniers temps. Éveillés ou non, je ne sais pas... ? En tous les cas, ils m’ont certainement aidé à y voir plus clair. Je crois que de toutes manières tout est programmé et que donc il est vain de se soucier de ces histoires d’ éveil et de réalisation.
Bernard
: Ce que tu dis est vrai, une personne peut en aider une autre, sans pour cela
être réalisée, du moins jusqu’à un certain
point.
Par contre et uniquement parce que c’est mon expérience, je ne
peux me taire lorsque l’on me dit qu’absolument tout est programmé.
Ceux qui disent que la réalisation se fera si elle doit se faire et que
l’on ne peut rien changer n’en on pas fait l’expérience,
sinon ils ne pourraient dire cela. D’accord, l’individu est un robot
et il est plus vécu qu’il ne vit. C’est une certitude parce
que c’est mon expérience. Par contre je ne suis pas cet individu
et la conscience que j’ai de cet individu est totalement libre.
Tout le monde continue à se complaire dans la confusion entre le spectacle
et le spectateur, les événements quotidiens et celui à
qui ils arrivent....
N’accepte pas non plus ce que je dis, mais laisse une place à une
hypothèse en ce sens.
En gros, nous n’avons aucune emprise sur les événements
qui arrivent, mais la conscience que nous en avons est libre...
De même pour la réalisation, ce fameux programme concerne uniquement
l’ événementiel. Le Soi est le témoin privilégié
de la manifestation et donc du film. Le film est complet en lui-même,
et rien ne peut en sortir. Donc pour réaliser un jour que tout cela n’est
qu’un film, il faut quelqu’un d’extérieur à
ce film est c’est le Soi. Ce qui veut dire simplement que ce qui permet
la réalisation ne peut pas faire partie du film puisqu’il constate
l’existence de ce film. On ne peut pas être ce que l’on voit,
ni être à la fois sujet et objet et tout fonctionne comme cela.
Qu’est-ce qui permet de s’identifier ou pas à cet ensemble
corps-mental ? La conscience qu’on en a.
La conscience est donc libre. Et c’est une nouvelle formidable !
Tout existe en fonction de la conscience qu’on en a et en tant qu’individu,
si tu n’as pas conscience d’être, tu n’es pas....
Il n’est pas nécessaire de croire que l’on existe pour exister
et donc inutile de croire quoi que ce soit, il est par contre indispensable
de « VOIR » soi-même.
Pour base de réflexion, si possible sans l’intellect.
De tout Cœur.
ÉCOUTER ET LIRE : parutions Les Deux Océans
CD AUDIO
+ LIVRET : La recherche du bonheur - Un après-midi avec Bernard
Aussi loin qu'il s'en souvienne Bernard n'a jamais pu se satisfaire
de l'éphémère. Catholique fervent par son éducation,
ayant une grande dévotion pour la Sainte Vierge, édifié
par Élisabeth de la Trinité, épris d'absolu, ce sont finalement
son amour pour Ramana Maharshi et le discours tranchant de Nisargadatta Maharaj
qu l'ont amené à réaliser bien plus qu'il n'osait espérer.
Au cours d'un après-midi il a répondu à nos questions,
non pas pour convaincre ou proclamer une vérité mais pour témoigner
et partager ce qu'il a découvert et que désormais il vit.
Parce qu'il se souvient des difficultés qu'il a lui même traversées,
il veut dire à toux ceux qui cherchent qu'il est possible de trouver
le Bonheur et que c'est bien plus simple que tout ce qu'on peut imaginer.
Être simplement - Questions et réponses en Quête
du Soi de Bernard
Bernard, comme il le dit en toute simplicité, a trouvé
ce qu'il cherchait. Pour en témoigner il se réfère volontiers
à Ramana Maharshi et à Nisargadatta Maharaj sans prétendre
exprimer quoi que ce soit de nouveau.
Mais son témoignage est particulièrement éloquent pour
les chercheurs d'aujourd'hui. Il est la preuve vivante de ce que son propre
Maître lui avait dit alors qu'il doutait de pouvoir atteindre son but
: « Ramana Maharshi est exceptionnel mais la réalisation n'est
pas exceptionnelle ».
En effet, Bernard est tout à fait proche de nous, simple père
de famille de condition modeste, il s'exprime dans un langage familier. À
son contact toutes les idées préconçues au sujet de la
réalisation s'effondrent.
Il communique ainsi la certitude que chacun peut découvrir ce que lui
même a trouvé : « Le Soi, notre véritable nature,
dit-il, est simplement le fait d'Être. Ce n'est donc pas un état
en devenir qu'il nous faudrait atteindre avec une multitude de conditions à
remplir, de connaissances à acquérir et qui, de plus, serait réservé
à une élite.
Nous sommes tous le Soi mais sans le sentiment d'être une vie particulière.
Tout le monde peut réaliser sa vraie nature parce que tout le monde existe
déjà. Il n'y a rien à faire pour être ce que l'on
est, mais il nous reste à en prendre conscience au-delà du processus
mental : je.. dans le corps. dans le monde. »
TOUT EST parce que vous êtes - Correspondance et témoignages
en quête du Soi
Après avoir lu le premier ouvrage d'entretiens avec
Bernard : Être simplement, nombreux sont ceux qui se sont adressés
à lui pour approfondir leur compréhension. Ce nouveau recueil
donne un aperçu de leurs échanges. Il réunit des extraits
d'un an de correspondance (2004) associés à quelques témoignages
de chercheurs désireux de partager l'intensité de leur rencontre
avec Bernard.
Bernard réaffirme avec force que lorsque la Vérité s'exprime
il ne peut y avoir ni maître ni enseignement. Il se considère comme
un simple témoin de ce qui est au-delà du temps et de l'espace,
la base d'où tout s'élance : l'Existence. Il nous invite à
découvrir que nous ne sommes pas différents de lui-même.
Nous ne sommes pas l'individu absorbé par ses intérêts particuliers,
c'est-à-dire l'ensemble corps-mental. Il n'y a donc rien à changer
si ce n'est de prendre conscience que nous sommes fondamentalement libres et
heureux, indépendamment de toute circonstance. Il nous rappelle aussi
que seules une ferme détermination et une passion sans réserve
nous permettront de réaliser cet immense Bonheur que rien ne peut altérer
mais que le lecteur pourra ressentir en découvrant les propos et l'Amour
délicieusement contagieux de Bernard.
Quelques mots à propos de Bernard :
Issu
d’une famille très catholique, Bernard baigna dès le plus
jeune âge dans cette ambiance de prières, de cultes, de crédos
qui accompagnent toujours toute religion. Cette éducation très
religieuse le marqua profondément, et la notion de péché
- donc de culpabilité - présente en permanence le perturba très
tôt. D’un caractère excessivement passionné, avide
d’Absolu, Bernard chercha, s’aidant de tous les moyens offerts par
sa religion - à laquelle il croyait fermement - le moyen de devenir “meilleur”,
puisque cette religion ne cesse de rappeler à ses fidèles qu’ils
ne sont que de “pauvres pécheurs” (comme le dit le “Je
vous salue Marie”).
Il éprouvait pour la Sainte Vierge un Amour total et démesuré,
ainsi que pour Sœur Élisabeth de la Trinité, une carmélite
de Dijon qui, comme il le disait lui-même, était “tout Amour”,
toute abandonnée qu’elle était à “son Jésus”.
Le feu d’Amour qui animait Élisabeth le faisait vibrer de Bonheur
tant il sentait sa présence en lui, le rassurant, le guidant de cet élan
amoureux que seuls peuvent percevoir ceux qui sont prêts à Tout
donner, à tout abandonner pourvu qu’ils “voient Dieu”...
Durant ces années, Bernard pratiqua des ascèses très sérieuses
de tout son cœur et de toute son âme, avec la ferveur sans limite
qui le caractérise. Cependant, la recherche s’intensifiant, il
ressentait de plus en plus nettement à quel point les dogmes de sa religion
ne pouvaient apporter la moindre réponse aux questions qui le taraudaient,
à son besoin de comprendre le “pourquoi” de la vie mais aussi
du péché, d’un péché originel dont il sent
de plus en plus fort qu’il n’y est pour rien...
C’est à cette époque de doutes, en cette nuit trop longue
et aride, quelques mois seulement après avoir découvert Élisabeth,
qu’il “rencontra” en 1979 RAMANA MAHARSHI par la lecture de
ses enseignements. Cette rencontre le bouleversa complètement, et dès
lors l’Amour qu’il éprouva pour Ramana n’avait d’égal
que celui qu’il ressentait pour Elisabeth.
Quelques temps après, il fit la connaissance du Centre Védantique
Ramakrishna à Gretz et de son Président à l’époque,
Swami Ritajananda, avec qui il eut une correspondance suivie durant plusieurs
années, lui demandant des conseils spirituels, et lui exposant son cheminement,
ses doutes, son tiraillement entre sa religion à laquelle il restait
très attaché et sa découverte des enseignements de Ramana
qui l’avaient si profondément enflammé. Après environ
un an d’échange épistolaire, après avoir lu de nombreux
ouvrages sur le Védanta, sur Ramakrishna et ses disciples, et sur Ramana,
Bernard décida de se rendre à Gretz pour rencontrer le Swami.
Cette rencontre fut un moment exceptionnel et inoubliable.
En présence du
Swami, toute question, tout doute disparaissait. Sa Présence suffisait
à effacer l’ego, et ces moments privilégiés emplirent
Bernard d’une ferveur et d’une détermination plus grande
encore. Pendant près de quinze ans, Swamiji a toujours encouragé,
soutenu, rassuré Bernard dans ses moments de doute. Il dissipa ses scrupules
quant à sa pratique religieuse, qui tombèrent d’eux-mêmes
à mesure que la recherche se poursuivait. Bernard n’osait croire
qu’il lui était possible d’atteindre la réalisation
du Soi, tant l’exemple de Ramana était exceptionnel, mais Swamiji
lui répondit : “Oui, Ramana est exceptionnel, mais la réalisation
n’est pas exceptionnelle”. Et il a assuré à Bernard
que la réalisation du Soi n’était pas un but impossible
à atteindre, mais qu’elle était pour cette vie même.
Et il avait raison... Quelques années plus tard, lors d’une visite
de Bernard, accompagné de sa fille ainée et d’un jeune ami,
il dit : “Moi je ne serai plus là, mais vous aurez Bernard.”
Et, s’adressant en particulier à sa fille : “Si tu as des
questions, pose-les à ton papa, il saura toujours te répondre”.
Ces quelques mots expriment bien la confiance que Swami Ritajananda portait
à Bernard, en qui il avait remarqué une ferveur et une détermination
particulièrement rares. Et cette confiance poussa ce dernier, plus que
jamais, à aller au bout de sa recherche, avec une ardeur infaillible.
==> Le SOI n'est pas un état, questions/réponses avec Bernard.